VDM : Elle raconte son agression dans les transports en commun sur Twitter, et le récit est plus que glaçant

VDM : Il y a une semaine, une jeune internaute a subi une violente agression dans les transports en commun, alors qu’elle rentrait chez elle. C’est sur Twitter que l’adolescente de 17 ans a raconté son calvaire à travers un Story Time.

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NewsPar VDM /jeudi 8 mars 2018 05:00Twitter - @ColombeAnae- ©

Bon, trêve de malentendus. La Journée Internationale des Droits des Femmes n’a pas pour but de célébrer la beauté du sexe féminin en lui proposant d’acheter de la lingerie ou des fleurspar le biais depublicités édulcorées aux couleurs chatoyantes. Non, le 8 mars n'est pas non plus une fête commerciale, au même titre que la Saint-Valentin ou la fête des mères. Il s'agit d'une journéede lutte, d'une journéeoù l’on tente de retracer tout le chemin parcouru pour l’égalité,mais aussi et surtoutcelui qui reste à parcourir. Et il est encore très long. Tout reste à faire.

Le 8 mars, on dénonce surtout les inégalités salariales, les violences faites aux femmes et le harcèlement, parmi tant d’autres choses. Le 8 mars, on écoute avec attention toutes celles qui ont besoin d’être écoutées.

Ce témoignage de @ColombeAnae, une adolescente de 17 ans, a été publié sur Twitter il y a une semaine, et a retenu toute notre attention. Au cours de story time, l’internaute raconte un récit glaçant par sa violence, mais aussi pour que l'on ait, toutes et tous, une prise de conscience nécessaire sur la gravité de la situation.

Colombe est une fille comme nous, elle a peur. C'est une habitude.

Je suis comme toutes les filles. Habituée. Habituée aux propos ou gestes déplacées des hommes dans le métro ou dans le bus. mais aujourd’hui, j’ai eu la peur de ma vie. Pour que cela cesse, je fais cette storytime.

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

Ce lundi devait être semblable aux autres lundis. Colombe rentre tard chez elle, comme la dernière fois. Rien de grave.

Comme tous les lundis, je rentre tard chez moi. Je prends le bus et j’ai l’habitude de me mettre au fond (spoil alert : se mettre au fond n’est pas prendre un risque). Debout contre une bar, écouteur dans les oreilles, yeux rivés sur le téléphone, je fais pas gaffe aux autres.

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

Les stations défilent tranquillement. A mis chemin, je relève la tête. Les places assises étaient toutes occupées par des mecs de cités mais franchement, je m’en tape quoi. A un arrêt, deux places se libèrent, toujours au fond, donc je m’y assois.

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

Et, puis, quelqu'un décide d'empiéter sur son espace vital.

Un des mecs se lève de sa place (plus de trois sièges devant moi) et vient à mes côtés. Bon, je trouve ça suspect mais rien d’alarmant quoi. Le bus redémarre dans le calme et j’écoute tjrs ma musique. Jusqu’à ce que ce mec me retire mon écouteur.

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

Je le regarde, lui demande pourquoi il fait ça et il me dit : je veux te parler. Gentiment, je récupère mon écouteur et lui dis que je n’ai pas envie. Il hausse les épaules, se lève et retourne à sa place. Du coin de l’œil, je le regarde et avec son pote, ils se tournent vers moi

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

A ce moment, je commence à me dire que j’vais me dépêcher d’aller me mettre à côté du chauffeur. Sauf que, au moment où je me décide, son pote vient de mettre à côté de moi. Ok, Colombe, calme toi.

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

Un simple refus de sa part et voilà que la jeune femme sent que les choses vont mal tourner.

Il me tapote l’épaule. Je tourne la tête pour regarder dehors. Il me retape l’épaule. Je fais un mouvement de recul. Et la, il me pince la hanche. Je me tourne d’un coup vers lui, lui attrape le poignet et lui dis d’arrêter sur les champs sinon j’appelle les flics.

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

Il hurle qu’il n’a rien fait et se dépêche de rejoindre son pote. Vraiment énervée et super apeurée, je me lève après deux petites minutes pour rejoindre le chauffeur et là, les mecs se lèvent juste devant moi et me poussent pour me faire asseoir avec eux.

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

Les autres gars ont rigolés quand le premier s’est assis contre moi. J’étais donc, compressée contre la fenêtre, avec deux mecs qui me bloquent, tétanisée et vraiment, j’avais envie de hurler mais je pouvais pas.

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

Le deuxième gars m’a dit «pourquoi tu ne veux pas nous parler ? T’es raciste ?» Offusquée, je le fixe et je me mets à rire, oui à rire, vous rêvez pas. Cousin, que tu sois blanc, métisse, noir, je m’en tape. Je lui dis que non, mais que j’exige qu’ils me laissent.

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

Ils m’ont dit de la fermer sinon en sortant du bus, je me faisais cogner. D’un coup d’œil discret, je regarde ma batterie, 6%, ok, d’accord, scénario typique d’une série policière, je me mets à me faire des films pas possible et je regarde tous potentiels sauveurs.

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

Et quand elle cherche du regard une personne susceptible de l'aider, tout le monde est aux abonnés absents.

Personne. Seulement des mecs, du même type que les deux amis que je me suis fait. Je commence à paniquer, je remets mes écouteurs et me dis que si je dois mourir, autant le faire en musique. Oui, je suis optimiste.

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

4 stations de chez moi, le 1er mec pose sa main sur ma cuisse en discutant avec son pote. Je la dégage. Il la remet, plus haut. Je la retire une nouvelle fois. Il la remet et me sert. Prise d’une pulsion, je me lève, pousse et je hurle dans le bus que je vais lui en coller une.

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

Il me tire le bras pour me rasseoir, m’attrape la nuque et me murmure que des nanas comme moi, il en a baisé des dizaines et que si je me débats, si j’essaie de partir, il n’hésitera pas à me, je cite, «pénétrer avec violence».

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

Je vous jure, j’ai commencé à trembler. Il me serrait la nuque et tous mouvements étaient impossible, j’avais envie de pleurer, j’avais envie de me débattre, mais j’ai rien fait. Je suis restée là, à attendre que le temps passe.

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

Et si vous pensiez que le calvaire s’est terminé une fois sortie du bus, c'est raté...

On est arrivé à ma station. J’ai eu le culot de dire que je devais descendre là. Ils se sont levés, je me suis levée, j’ai appuyé sur le bouton et j’ai sentie une main sur mes fesses et une autre sur ma hanche. Les deux gars, en même temps.

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

La porte s’est ouverte et ils m’ont fait avancés, enfin, plutôt poussés vue comment je me suis ratatinais la gueule sur des putains de cailloux. Ils se sont mis à rire en m’insultant. Et le premier mec m’a «aidé» à me relever en m’attrapant par la poitrine.

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

Il a commencé à me presser les seins en me demandant si cela me faisait du bien mais non, mec, non. Et son pote m’a donné un «coup» dans le ventre. Et d’un coup, ils m’ont lâchés. Je me suis clairement écroulée par terre, une deuxième fois.

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

Le deuxième mec m’a attrapé par les cheveux et m’a dit qu’ils n’allaient pas me «baiser comme une chienne» car ils n’avaient «pas le temps de me faire jouir».

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

Le premier mec m’a ««embrassé»», a glissé une main sur ma cuisse et m’a dit qu’il espérait me revoir très prochainement. Et je les ai regardé s’éloigner, incapable de rien.

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

Comment réagir? Comment faire faceà ce traumatisme ? On ne sait pas. Personne ne sait.

J’en pleure et j’en chiale encore. J’ai même pas eu le cran d’appeler la police. Même pas eu le cran d’appeler ma mère. Je suis restée dix minutes dehors, dans le froid, pendant qu’il ne pouvait rien m’arriver de pire.

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

À travers ce story time, Colombe en a profité pour faire passer un message. Ne vous empêchez pas de continuer à mener votre vie comme vous l’entendez après une telle expérience. Restez comme vous êtes. Ne changez pas vos habitudes.

Oui, je vais continuer à sortir tard. Oui, je ne renoncerais pas à mes droits d’humains sous prétexte que deux cons ont décidés de me faire du mal. Oui, j’ai peur. Oui, j’aurais pu y passer.

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

Je raconte ça ici car c’est encore tout frais. Car j’ai encore les images en tête et je crains qu’elles vont y rester longtemps. Je raconte ça ici pour faire passer un message, souvent dit mais pas assez écouté.

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

Et si vous êtes témoin d’une agression, même si vous avez peur, essayez de faire un geste. Vous pouvez sauver une vie.

- Si vous voyez quelqu’un dans le besoin, dans une position horrible, aidez le. N’importe comment. Mais aidez le. Certains sont brisés, certains ne souhaitent même plus bouger. S’il vous plaît. Faites quelque chose.

— 🧡 (@ColombeAnae) 26 février 2018

Suite à l’agression, Colombe a également précisé que le chauffeur ne l'a pas aidée car il était «occupé» à autre chose au moment de l'agression et qu’elle ne comptait pas porter plainte non plus : «Je ne ferai pas plus que ce que j’ai fait, c’est déjà énorme et je ne compte pas me pourrir encore plus la vie à toujours ressasser», admet-elle. Avant de se revenir sur sa décision et d’aller au commissariat, sur les conseils d’autres personnes. D’autres internautes lui ont suggéré de demander à voir les vidéos de surveillance du bus afin de retrouver les responsables.

Le harcèlement dans les transports en commun estaujourd'hui au coeur des considérations.Le syndicat des transports d'Île-de-France Île-de-France Mobilités a par exemple lancé cette semaine un dispositifanti-harcèlement dans les transports en commun de la région avec des affiches très évocatives. Des femmes, paniquées, sont représentées à côté des harceleurs qui prennent l'apparence d'animaux sauvages, à savoir un loup, un requinou encore un ours, façon grands prédateurs.

Drôle de choix que de représenter des espèces en voie de disparition quand on sait que les harceleurs, eux, sont plus nombreux que jamais...